AMD annonce le rachat du fabricant canadien de processeurs graphiques ATI Technologies pour 5,4 milliards de dollars
La transaction, jugée trop onéreuse par certains analystes, pourrait faire des vagues dans un secteur fragilisé par la guerre des prix que se livrent AMD et Intel.
Le groupe californien s'offre ainsi l'un des deux grands fabricants mondiaux de puces graphiques, l'autre étant Nvidia. ATI est également un fournisseur majeur de jeux de processeurs (chipsets) pour les produits AMD et Intel.
Aux termes de cette opération amicale, AMD acquiert les actions ordinaires d'ATI pour 4,2 milliards de dollars en espèces et 57 millions d'actions ordinaires soit, concrètement, 16,40 dollars en cash et 0,2229 de ses actions pour chaque titre de sa cible. Le prix ainsi défini ressort à 20,47 dollars par action ATI, soit une prime de 24% comparé au cours de clôture de 16,56 dollars du canadien vendredi sur le Nasdaq.
L'action ATI a bondi de 18,78% sur la séance à 19,67 dollars tandis qu'AMD a dévissé de 4,76% à 17,39.
"D'un point de vue stratégique, c'est une opération remarquable qui permet à AMD d'évincer Intel de la partie haute des plateformes graphiques", estime Eric Ross, analyste chez ThinkEquity Partners.
Mais, ajoute-t-il, AMD paye beaucoup plus cher qu'il n'aurait déboursé six mois plus tôt, quand son cours de Bourse caracolait autour de 40 dollars et avant que des rumeurs d'OPA ne gonflent celui d'ATI.
INTERROGATIONS SUR LE PRIX
Depuis l'apparition des premières rumeurs en mai, bon nombre d'analystes du secteur se sont interrogés sur le bien-fondé financier et stratégique d'une telle acquisition pour AMD.
Ils craignent notamment que le prix soit trop élevé pour le groupe californien, qui compte déjà dépenser cinq milliards de dollars pour accroître ses capacités au cours des prochaines années et alors qu'une guerre des prix sans merci l'oppose à avec Intel.
Les puces graphiques sont moins rentables que les processeurs pour PC, leurs marges brutes étant limitées à 45% environ contre 55% pour les principaux processeurs.
AMD, qui affiche une capitalisation d'environ 8,8 milliards de dollars, affirme que l'acquisition d'ATI lui permettra d'étendre sa gamme de produits susceptibles d'améliorer ses positions dans nombre de marchés.
L'opération, soumise au feu vert des actionnaires d'ATI et des autorités de tutelle aux Etats-Unis et au Canada, devrait avoir un effet légèrement positif sur les résultats d'AMD en 2007 puis être "significativement relutive" à partir de 2008, avant charges liées à l'acquisition. AMD chiffre à 75 millions de dollars la réduction des dépenses opérationnelles de la nouvelle entité d'ici la fin 2007.
AMD compte financer la partie en cash de l'opération par des liquidités et de nouveaux emprunts.
Le groupe a obtenu un engagement de prêt de 2,5 milliards de dollars de Morgan Stanley Senior Funding qui lui permettra de boucler le financement de l'opération en s'ajoutant aux quelque trois milliards de dollars de cash, équivalents cash et investissements à court terme dont il dispose actuellement.
En cas de rupture de l'accord, ATI devra s'acquitter d'une pénalité de 162 millions de dollars.
Nvidia a déclaré pour sa part ne pas juger utile d'envisager une opération similaire.
Interrogé pour savoir si un rachat du groupe par AMD ou par son grand concurrent Intel intéressait Nvidia, Michael Hara, responsable des relations investisseurs, a répondu: "Nous n'avons pas le sentiment à ce stade que nous lier avec une acquisition ait un sens." L'action Nvidia a bondi sur la séance de 10,07% à 19,56 dollars.
Reuters