La transformation numérique avance vite au Maroc. Elle entraîne avec elle un risque devenu central pour les entreprises, les administrations et les infrastructures critiques celui de la cybersécurité.
Pour Nouhade Machkour, directrice ICT chez Orange Maroc, la question dépasse désormais le champ technique. Dans une économie où les banques, les hôpitaux, les ports, les commerces, les industries et les services publics reposent sur le numérique, une attaque peut avoir des effets directs sur l’activité réelle. Elle peut interrompre une production, rendre un service indisponible, bloquer des opérations ou compromettre des données sensibles.
Cette dépendance change la manière d’aborder la sécurité. Orange Maroc défend une approche où la protection doit être intégrée dès la conception des infrastructures numériques. L’enjeu n’est plus de réagir après coup, mais de construire des environnements capables de résister à des menaces devenues permanentes.
L’opérateur estime que son rôle ne se limite plus à la connectivité. Il met en avant une intervention sur l’ensemble de la chaîne numérique, des réseaux aux datacenters, en passant par le cloud, la cybersécurité, la data et l’intelligence artificielle. Orange Maroc dit s’appuyer sur l’expérience tirée de l’exploitation de ses propres infrastructures critiques, ainsi que sur les expertises du Groupe Orange et d’Orange Cyberdefense.
Les attaques les plus courantes illustrent cette montée en complexité. Les ransomwares peuvent paralyser une organisation en chiffrant ses données. Les attaques DDoS cherchent à saturer un service pour le rendre inaccessible. Les campagnes de phishing et les vols de mots de passe visent les identités numériques. Les environnements cloud et les infrastructures critiques sont également davantage ciblés.
Le Maroc n’échappe pas à cette pression. La multiplication des services digitaux, l’adoption du cloud et la visibilité croissante du Royaume à travers de grands événements internationaux élargissent la surface d’exposition. Selon Orange Maroc, le volume des attaques détectées sur les infrastructures opérées par l’entreprise a été multiplié par trois depuis le début de l’année 2026.
Cette intensification concerne notamment les attaques DDoS, les campagnes de phishing et les tentatives de compromission de données. Elle montre aussi que la digitalisation rend les actifs numériques plus stratégiques. Plus les organisations dépendent de leurs systèmes, plus leur capacité à les protéger devient un facteur de continuité et de compétitivité.
Face à cette réalité, Orange Maroc présente une réponse structurée autour de l’évaluation des risques, de la protection des réseaux, des accès, des postes de travail, du cloud et des applications critiques. L’opérateur met aussi en avant la surveillance continue des menaces, la protection DDoS, la sécurisation des accès et les approches SASE.
L’intelligence artificielle ajoute une nouvelle dimension. Elle aide les défenseurs à analyser de grands volumes d’événements de sécurité, à repérer plus vite les comportements suspects et à accélérer la réponse aux incidents. Mais elle est aussi utilisée par les attaquants pour automatiser certaines offensives et rendre les fraudes plus crédibles.
La cybersécurité rejoint ainsi le débat sur la souveraineté numérique. Pour Orange Maroc, la question ne se limite pas au lieu de stockage des données. Elle concerne aussi leur protection, le cadre juridique de leur hébergement et les garanties de disponibilité. L’entreprise met en avant ses infrastructures locales, ses datacenters, ses services cloud et ses capacités cyber comme des leviers pour aider les organisations marocaines à garder la maîtrise de leurs actifs numériques stratégiques.
Le message adressé aux dirigeants est celui d’un changement de culture. La cybersécurité doit être traitée comme un investissement stratégique. Elle suppose des technologies, mais aussi des processus, des compétences et une attention particulière au facteur humain, souvent exploité par les attaquants. Ce n’est pas un dispositif figé. C’est un effort continu d’anticipation, d’adaptation et d’amélioration.
Trois questions à Nouhade Machkour, directrice ICT chez Orange Maroc
Quel est l’apport de l’intelligence artificielle dans la cybersécurité ?
L’intelligence artificielle devient un outil extrêmement puissant pour les défenseurs. Elle permet d’analyser des millions d’événements de sécurité en temps réel et d’identifier des comportements anormaux beaucoup plus rapidement qu’une analyse humaine. Elle améliore la détection, accélère la réponse aux incidents et réduit le temps d’exposition aux menaces.
Cependant, les attaquants utilisent également l’intelligence artificielle pour automatiser certaines attaques et rendre les tentatives de fraude plus crédibles.
Nous assistons à une véritable course technologique où la capacité d’innovation devient un facteur déterminant.
Quelle est votre vision de la souveraineté numérique ?
La souveraineté numérique est devenue un enjeu majeur pour les entreprises comme pour les États. Aujourd’hui, il ne s’agit plus seulement de savoir où sont stockées les données, mais également qui les protège, sous quelle juridiction elles sont hébergées et comment leur disponibilité est garantie.
Chez Orange Maroc, nous sommes convaincus que la souveraineté numérique est un levier essentiel de confiance et de compétitivité.
À travers nos infrastructures locales, nos datacenters, nos services cloud et nos capacités de cybersécurité, nous contribuons à offrir aux organisations marocaines un environnement sécurisé leur permettant de conserver la maîtrise de leurs actifs numériques stratégiques.
La souveraineté numérique n’est pas un frein à l’innovation ; elle en constitue aujourd’hui l’un des principaux accélérateurs.
Quel conseil donneriez-vous aux dirigeants marocains ?
Le premier conseil est de considérer la cybersécurité comme un investissement stratégique et non comme un coût.
Le deuxième est de placer l’humain au cœur de la démarche, car une grande partie des attaques exploitent des erreurs ou des comportements à risque.
Enfin, il est essentiel d’adopter une approche globale intégrant les processus, les technologies et les compétences. La cybersécurité n’est pas un produit que l’on achète une fois. C’est une démarche continue d’amélioration, d’anticipation et d’adaptation.















































