Phishing : les autorités financières passent à l’offensive

Face à la multiplication des escroqueries financières en ligne, Bank Al-Maghrib et l’Autorité nationale du renseignement financier ont réuni vendredi à Rabat plusieurs acteurs concernés par la prévention du phishing.

L’atelier a porté sur les nouvelles formes de fraude numérique, les moyens de réduire l’exposition des usagers et les mécanismes de coordination entre institutions.

Le président de l’ANRF, Jawhar Nfissi, a alerté sur la progression de ces pratiques au Maroc comme à l’étranger. La généralisation des services financiers numériques offre aux fraudeurs de nouveaux moyens pour cibler directement les utilisateurs.

Les escroqueries reposent souvent sur la manipulation psychologique. Faux messages bancaires, liens malveillants diffusés sur les réseaux sociaux et usurpation de l’identité d’établissements financiers ou d’administrations figurent parmi les méthodes les plus courantes.

Ces opérations peuvent causer des pertes importantes aux victimes, mais aussi favoriser la circulation de fonds dans des réseaux illicites.

Les autorités marocaines ont engagé depuis plusieurs mois un travail commun pour mieux identifier les risques et adapter leurs réponses. Un comité coordonné par l’ANRF et réunissant les principales autorités de contrôle a été créé en février 2025. Il a déjà mené une étude consacrée aux escroqueries financières.

Jawhar Nfissi a appelé à maintenir cette coopération afin de consolider le dispositif national de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.

À Bank Al-Maghrib, le directeur de la supervision bancaire, Nabil Badr, a relevé une évolution profonde des techniques utilisées. Les fraudeurs cherchent désormais à convaincre les clients de transmettre eux-mêmes leurs informations confidentielles.

La Banque centrale a renforcé progressivement son cadre réglementaire pour accompagner la digitalisation du secteur bancaire sans affaiblir la sécurité des opérations.

Un premier guide de bonnes pratiques consacré au phishing a été publié en juillet 2024 à destination des établissements de crédit. Un second document, diffusé en juillet 2026, porte sur les comptes rebonds utilisés dans certaines opérations frauduleuses.

Pour Nabil Badr, la prévention ne peut reposer sur les seuls établissements financiers. Elle exige une mobilisation des autorités de supervision, de la justice, des services de sécurité, des opérateurs de télécommunications et des citoyens.

Le partage rapide des informations doit permettre de mieux détecter les fraudes, de limiter leurs conséquences et de préserver la confiance dans le système financier.

Invité à présenter l’expérience portugaise, Diogo Lencastre, responsable des risques non financiers à la Banque du Portugal, a rappelé que la fraude numérique est devenue une priorité pour de nombreuses autorités de contrôle.

Il a insisté sur la nécessité de préserver les avantages des services financiers numériques tout en renforçant les capacités de prévention et de réaction face à des pratiques toujours plus élaborées.

La rencontre s’inscrit dans les préparatifs de la prochaine évaluation annuelle du Maroc par le Groupe d’action financière du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord.

Les échanges ont porté sur les principales typologies de fraude, les dispositifs de réduction des risques et les pistes permettant d’améliorer la coopération entre les institutions nationales.

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