Vicenne et T2S : deux trajectoires boursières pour la MedTech

L’arrivée de Vicenne à la Bourse de Casablanca en 2025, suivie par celle de T2S en 2026, a placé la MedTech marocaine sous un jour nouveau. Ces deux opérations surviennent alors que la réforme du système de santé accroît les besoins en équipements, en diagnostic, en maintenance, en logiciels médicaux et en solutions technologiques.

L’élargissement de l’Assurance Maladie Obligatoire, la création des Groupements Sanitaires Territoriaux, la modernisation des structures hospitalières et la progression de l’offre privée soutiennent cette demande. Les entreprises du secteur doivent désormais financer des projets plus importants, renforcer leurs capacités et, pour certaines, préparer leur développement hors du Maroc.

Vicenne et T2S ont retenu la cotation pour accompagner cette évolution, sans emprunter exactement la même voie. Vicenne a procédé à une augmentation de capital de 500 millions de dirhams, entièrement destinée au financement de son expansion. T2S a construit une opération de 1,1 milliard de dirhams, dont 350 millions injectés dans la société et 750 millions issus d’une cession de titres.

La part consacrée à la cession permet à Helios Investment Partners de monétiser une partie de sa participation. Le fonds demeure toutefois actionnaire majoritaire après l’introduction et l’équipe dirigeante reste en fonction. La présence de 350 millions de dirhams de capitaux nouveaux confirme parallèlement la volonté de financer le développement de T2S.

Ces choix traduisent deux situations différentes. Vicenne privilégie un renforcement direct de ses fonds propres. T2S associe financement de la croissance et réorganisation partielle de son tour de table. Dans le capital-investissement, cette seconde configuration correspond souvent à l’évolution normale d’un placement arrivé à une nouvelle étape.

La comparaison financière demande la même prudence. En 2025, Vicenne affichait une marge nette proche de 13,3 %, contre 10,1 % pour T2S. Sa marge d’excédent brut d’exploitation atteignait environ 24,4 %, tandis que celle de T2S se situait autour de 20 %.

Vicenne disposait donc d’une rentabilité supérieure sur l’exercice examiné. Cette donnée ne permet pourtant pas de présenter T2S comme la seule valeur de croissance des deux. Les résultats enregistrés au cours des années précédentes montrent que Vicenne a elle aussi avancé à un rythme élevé.

Entre 2023 et 2025, son chiffre d’affaires a progressé de 49 %. Sur la même période, celui de T2S a augmenté de 28 %. Vicenne a ainsi connu la hausse la plus forte sur les deux exercices concernés, tout en conservant des niveaux de marge plus élevés.

Les projections inversent partiellement cette lecture. Le plan d’affaires présenté par T2S prévoit une croissance annuelle moyenne proche de 18 % au cours des prochaines années. Celui communiqué par Vicenne lors de son introduction faisait ressortir un rythme d’environ 14 %.

T2S affiche donc la trajectoire prévisionnelle la plus rapide sur la base des scénarios présentés au marché. Cette avance doit néanmoins être rapprochée de la stratégie d’acquisition de Vicenne. Les prévisions de cette dernière avaient été établies avant l’intégration des opérations de croissance externe qu’elle compte financer avec les capitaux levés.

Ces acquisitions pourraient modifier sensiblement son rythme de progression. Vicenne, dont la taille reste inférieure à celle de T2S, entend notamment s’appuyer sur ce levier pour élargir son périmètre d’activité et réduire l’écart entre les deux groupes.

T2S part d’une base plus large et cherche à accélérer encore. Son plan prévoit un chiffre d’affaires presque doublé à l’horizon 2030, avec une amélioration graduelle de la rentabilité. L’entreprise compte donc associer hausse des volumes et progression des marges.

Les deux sociétés appartiennent ainsi à la même famille d’entreprises en expansion, mais avec des points d’appui distincts. Vicenne réunit une croissance passée élevée, des marges plus fortes et un programme d’acquisitions. T2S met en avant sa taille, un rythme futur plus soutenu et des gains de rentabilité attendus.

Cette différence se retrouve dans leurs valorisations. T2S a été introduite sur la base d’un multiple proche de 18,7 fois son bénéfice net attendu en 2026. Vicenne se situait autour de 16,4 fois sur une base comparable au moment de son IPO.

L’écart n’est pas négligeable, mais il ne suffit pas à déterminer laquelle des deux sociétés offre le meilleur profil. Un multiple dépend de la croissance anticipée, de la qualité des bénéfices, de la solidité du bilan et de la confiance accordée au management.

Les résultats publiés après l’introduction auront donc davantage de poids que les seules hypothèses initiales. Le marché observera la capacité des deux entreprises à tenir leurs prévisions, à préserver leur trésorerie et à maintenir leur besoin en fonds de roulement sous contrôle.

Dans la MedTech, la croissance peut mobiliser beaucoup de ressources. Les équipements doivent parfois être achetés ou importés avant leur livraison, tandis que les délais de règlement peuvent s’étendre. Une progression rapide du chiffre d’affaires ne produit donc ses effets que si elle reste accompagnée d’une discipline financière solide.

La nature des revenus compte tout autant. Les ventes ponctuelles de matériel peuvent créer des écarts d’une période à l’autre. Les consommables, les contrats de maintenance, les logiciels et les services techniques offrent davantage de régularité.

T2S disposait par ailleurs d’un ratio d’endettement financier net rapporté aux fonds propres proche de 15 %. Ce niveau lui donne encore de la souplesse pour financer certains projets par emprunt, en complément des ressources apportées lors de la cotation.

La Bourse et le crédit bancaire ne répondent pas aux mêmes besoins. La dette reste adaptée aux investissements dont les revenus sont clairement identifiés. Les fonds propres conviennent davantage aux acquisitions, aux projets technologiques ou à l’expansion internationale, dont les retours demandent plus de temps.

L’entrée sur le marché modifie également les règles internes. Vicenne et T2S doivent publier leurs résultats, présenter régulièrement leur stratégie et expliquer l’utilisation des montants levés. La visibilité obtenue s’accompagne d’un suivi plus étroit de la part des investisseurs.

Cette exigence peut renforcer leur crédibilité auprès des banques, des partenaires industriels et des clients institutionnels. Elle suppose aussi une gouvernance plus rigoureuse et une communication financière capable de tenir dans la durée.

Rafik Ikram, spécialiste du financement et de la transmission des entreprises de santé, estime que deux opérations ne suffisent pas encore à établir une vague durable. Elles témoignent néanmoins d’une évolution engagée depuis plusieurs années, au cours desquelles certaines entreprises ont gagné en maturité et diversifié leurs sources de financement.

Jamal Belhabes, directeur général de BELC AFRI Consulting et expert en gouvernance hospitalière, voit dans le capital-investissement l’un des moteurs de cette évolution. Entre 2018 et 2024, les introductions en Bourse ont représenté près de 22 % des sorties réalisées par les fonds.

Plus de 160 entreprises sont actuellement accompagnées par ces investisseurs. Toutes n’ont pas vocation à être cotées, mais cet ensemble constitue un réservoir de candidats susceptibles de se tourner vers le marché au cours des prochaines années.

Les données disponibles montrent aussi les effets de cet accompagnement. En 2024, le chiffre d’affaires des entreprises soutenues par des fonds a progressé en moyenne de 20,5 %. Dans la santé, cette hausse a atteint 59 %.

Leur organisation financière s’est également renforcée. La part des sociétés dotées d’une politique budgétaire formalisée est passée de 45 % lors de l’entrée d’un fonds à 99 % au moment de sa sortie.

Un parcours plus complet se dessine ainsi pour les entreprises du secteur. Le capital-risque intervient au stade de l’innovation, le capital-investissement prend le relais lors de la structuration, puis la Bourse devient accessible lorsque la taille et la gouvernance le permettent.

Vicenne et T2S ne proposent pas le même pari aux investisseurs. La première cherche à prolonger une forte croissance historique tout en conservant ses marges et en réalisant des acquisitions. La seconde mise sur un plan d’expansion plus rapide et sur une rentabilité appelée à progresser.

La suite se jouera dans l’exécution. Vicenne devra démontrer que les 500 millions de dirhams levés peuvent accélérer sa croissance sans diluer ses performances. T2S devra convertir son objectif annuel proche de 18 % en résultats réguliers et améliorer ses marges au rythme annoncé.

Deux trajectoires, donc, mais une même attente du marché. Les investisseurs chercheront surtout à savoir laquelle parviendra le mieux à transformer ses ambitions en croissance durable.

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