Starlink et Amazon freinés par la stratégie spatiale européenne

Bruxelles s’apprête à limiter l’accès de Starlink et d’Amazon Leo à une partie stratégique du spectre satellite en Europe. La Commission européenne prévoit de réserver aux opérateurs européens près des deux tiers de la bande 2 GHz, utilisée pour les services mobiles par satellite, tout en laissant le tiers restant ouvert aux acteurs étrangers.

Cette bande, actuellement exploitée par Viasat et EchoStar jusqu’à l’expiration de leurs licences en mai 2027, occupe une place importante dans le développement des futures connexions directes entre satellites et smartphones. Elle couvre 30 MHz au total, avec une partie utilisée pour la montée et une autre pour la descente des communications.

La décision s’inscrit dans un contexte de souveraineté numérique renforcée. La guerre en Ukraine a montré le rôle stratégique des constellations satellitaires, notamment Starlink, dans les communications civiles et militaires. Elle a aussi mis en évidence la dépendance européenne à des infrastructures contrôlées par des groupes américains.

L’Europe ne ferme pas complètement la porte à SpaceX et Amazon. Les deux entreprises pourront postuler sur la partie du spectre ouverte à la concurrence internationale, aux côtés d’autres acteurs non européens. Bruxelles cherche ainsi à préserver un équilibre entre autonomie stratégique et maintien d’un accès au marché européen pour les grands opérateurs mondiaux.

L’enjeu dépasse largement la couverture internet. La bande 2 GHz est appelée à jouer un rôle central dans les services dits direct to device, qui permettent à un smartphone classique de se connecter à un satellite sans antenne dédiée. Ces usages pourraient améliorer la couverture dans les zones rurales, en mer, en avion ou dans les régions mal desservies par les réseaux terrestres.

Cette réorganisation du spectre pourrait bénéficier au projet IRIS², la future constellation souveraine de l’Union européenne. Portée par le consortium SpaceRISE, elle doit permettre à l’Europe de disposer de ses propres capacités satellitaires pour des usages gouvernementaux, économiques et civils. Les premiers services sont attendus vers 2030.

Starlink ne sera pas privé de ses offres d’internet fixe en Europe, qui reposent sur d’autres bandes de fréquences. Le verrouillage partiel vise surtout le marché émergent des communications mobiles par satellite, appelé à devenir stratégique dans les prochaines années.

Cette orientation pourrait toutefois raviver les tensions avec les États-Unis. Washington a déjà laissé entendre qu’il pourrait appliquer une logique de réciprocité si les entreprises américaines étaient trop fortement limitées en Europe.

Avec cette décision, Bruxelles veut fixer les règles d’un marché encore en construction. Entre l’arrivée d’IRIS², l’échéance des licences en 2027 et les ambitions de Starlink comme d’Amazon, la bataille européenne des fréquences satellites entre dans une phase décisive.

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