L’impact de l’intelligence artificielle sur l’emploi des jeunes a réuni à Rabat responsables publics, dirigeants d’entreprise et représentants du monde académique. Organisé le 14 juillet par Al Akhawayn University, l’Intelligence Forum a exploré les moyens de renforcer la coopération entre employeurs et universités afin de créer une valeur durable.
Les échanges ont fait ressortir une situation encore différente de celle observée dans les économies les plus avancées dans l’adoption de l’IA. Au Maroc, les participants n’ont pas constaté de disparition massive d’emplois liée à ces technologies. Leur effet se traduit surtout par une évolution des missions confiées aux nouvelles recrues.
Cette période pourrait toutefois être limitée. Les entreprises marocaines accélèrent progressivement l’intégration de l’intelligence artificielle pour préserver leur compétitivité. Les employeurs attendent déjà des jeunes diplômés qu’ils sachent utiliser ces outils, en évaluer les réponses et conserver un regard critique sur leurs résultats.
Le président de la Confédération générale des entreprises du Maroc, Mehdi Tazi, a indiqué que la grande majorité des emplois ne sont pas encore directement menacés. Wafaa Asri, secrétaire générale du Département de la Formation professionnelle, a également relevé que l’IA modifie davantage les tâches qu’elle ne supprime les métiers.
Pour Mohamed Horani, fondateur et PDG de HPS, cette transformation est désormais irréversible. Son groupe utilise déjà l’intelligence artificielle dans ses processus internes et dans ses produits. Les critères de recrutement évoluent en conséquence, avec une attention croissante portée à la capacité des candidats à travailler avec ces technologies.
Les intervenants estiment que le Maroc dispose encore d’un délai pour préparer cette mutation. Ils ont rappelé que l’insertion professionnelle des jeunes diplômés s’est dégradée dans certains pays où l’adoption de l’IA a été plus rapide, alors même que les entreprises peinent à trouver les compétences recherchées dans ce domaine.
La réponse passe notamment par une coopération plus étroite entre l’université, l’entreprise et les pouvoirs publics. Le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation, Azzedine El Midaoui, a appelé les établissements universitaires à jouer un rôle plus actif dans la création de richesse.
Les discussions ont permis d’identifier plusieurs priorités. La formation doit désormais accorder une place centrale à la pensée critique, à l’adaptabilité, à l’intelligence relationnelle et à la maîtrise des outils d’IA. Ces compétences doivent être intégrées dans l’ensemble des disciplines et ne pas rester réservées aux seules filières technologiques.
Le Royaume compte déjà plus de 80 formations d’ingénieurs et de masters consacrées à l’intelligence artificielle. Les participants ont toutefois insisté sur la nécessité de former des profils capables d’apprendre en continu et de s’adapter à l’évolution rapide des métiers.
L’entreprise est également appelée à devenir un espace de formation à part entière. La conception commune de cursus, le développement de l’alternance et la création d’académies internes figurent parmi les pistes avancées pour rapprocher les apprentissages des besoins du marché.
La question des données a aussi occupé une place importante dans les débats. Leur valorisation suppose, selon les intervenants, une stratégie nationale capable de préserver la souveraineté d’usage et de limiter la dépendance à un fournisseur unique.
L’école constitue un autre chantier prioritaire. Les participants ont plaidé pour la consolidation des apprentissages fondamentaux avant l’introduction de l’IA, tout en veillant à maintenir une distance critique face aux plateformes. Ces outils pourraient également contribuer à réduire certaines inégalités grâce à des solutions de soutien scolaire adaptées.
Al Akhawayn University a rendu l’usage de l’intelligence artificielle obligatoire dans l’ensemble de ses enseignements après trois années consacrées à la formation de son corps professoral. Selon l’université, 88 % de ses lauréats entrant sur le marché du travail disposaient d’une offre d’emploi avant l’obtention de leur diplôme. Les parcours en alternance généraient trois à quatre fois plus de propositions.
Le président de l’établissement, Amine Bensaid, estime que l’enjeu consiste désormais à faire de l’intelligence artificielle un moteur d’employabilité plutôt qu’un facteur de fragilisation. Cette évolution repose sur la capacité des jeunes talents à associer maîtrise technologique, compétences humaines et intelligence relationnelle.















































