L’intelligence artificielle pourrait accélérer de manière spectaculaire le développement des économies émergentes. Dans son Rapport sur le développement dans le monde 2026, la Banque mondiale estime que cette technologie peut permettre à certains pays d’accomplir en dix ans des progrès qui auraient autrement nécessité plusieurs générations.
L’institution chiffre à 16,2% la part des emplois susceptibles de connaître d’importants gains de productivité grâce à l’IA dans les économies en développement. Ce niveau reste proche des 18,7% attendus dans les pays à revenu élevé.
La Banque mondiale considère que l’intérêt principal de ces outils ne réside pas dans le remplacement des travailleurs, mais dans le renforcement de leurs capacités.
Le premier vice-président et économiste en chef du Groupe de la Banque mondiale, Indermit Gill, estime que les économies en développement disposent d’une occasion majeure à saisir. L’adaptation de modèles simples et peu coûteux aux réalités locales pourrait améliorer l’accès aux soins, à l’éducation, aux services agricoles et à la justice.
L’institution appelle toutefois les gouvernements à agir rapidement. L’IA se diffuse plus vite que les précédentes grandes technologies, notamment l’électricité et internet, tandis que ses usages dépendent fortement des contextes nationaux.
La Banque mondiale recommande une démarche progressive. Les pays devraient commencer par adopter les solutions déjà disponibles, les adapter ensuite à leurs besoins, puis se rapprocher à terme des modèles les plus avancés.
Cette méthode permettrait d’éviter des investissements prématurés dans des technologies coûteuses, alors que les infrastructures, les compétences ou les données nécessaires ne sont pas encore réunies.
Le rapport prévient cependant que l’IA pourrait aussi creuser les écarts entre les pays et accentuer les inégalités au sein des sociétés. Elle pourrait également renforcer la concentration économique, fragiliser la confiance dans les institutions et créer de nouveaux risques pour les droits, la sécurité et la cohésion sociale.
La confiance du public constitue donc l’un des principaux défis. La Banque mondiale recommande d’abord le recours à des normes sectorielles volontaires pour encadrer les usages et favoriser une coopération internationale capable de limiter la fragmentation des réglementations.
Lorsque ces mécanismes ne suffisent pas, les autorités sont invitées à appliquer les lois existantes afin de sanctionner les préjudices liés à l’intelligence artificielle.
L’adoption de ces technologies dépend aussi de conditions matérielles. Les pays en développement doivent élargir l’accès aux capacités de calcul et disposer de davantage de données locales, notamment dans les langues utilisées par leurs populations.
La création d’un environnement favorable à l’innovation fait également partie des priorités. Les pouvoirs publics sont appelés à faciliter l’accès des jeunes entreprises aux financements, à soutenir les phases d’expérimentation et à accélérer le déploiement des solutions efficaces.
De nombreux projets pilotes sont déjà lancés dans plusieurs pays. Le principal enjeu consiste désormais à distinguer les initiatives capables de produire des résultats durables.
La Banque mondiale insiste enfin sur la nécessité de renforcer les compétences, les méthodes d’évaluation et les règles de passation des marchés afin d’éviter que l’essor de l’IA ne repose sur des choix coûteux ou insuffisamment documentés.















































