Le Maroc prépare une Marketplace nationale de solutions d’IA

Le Maroc veut faire passer sa stratégie d’intelligence artificielle du cadre d’orientation à l’exécution. Présentée mardi à Rabat, la feuille de route Maroc IA 2030 détaille désormais des objectifs chiffrés, des infrastructures à construire, des outils souverains à développer et plusieurs programmes destinés à renforcer les compétences nationales.

Trois cibles structurent cette trajectoire à l’horizon 2030. Le Royaume veut générer 100 milliards de dirhams de valeur ajoutée au PIB, créer 50 000 emplois directs et indirects et former ou certifier 200 000 talents dans les métiers liés à l’intelligence artificielle.

La feuille de route s’inscrit dans les Hautes Orientations de S.M le Roi Mohammed 6 et dans le prolongement de Digital Morocco 2030. Elle repose sur une logique de souveraineté technologique, de développement des infrastructures, de formation, de recherche et de diffusion de l’IA dans les services publics et l’économie.

Le volet infrastructurel occupe une place centrale. Le portefeuille présenté pourrait porter la capacité nationale des data centers à près de 1 GW. Dakhla doit notamment accueillir un méga-campus pouvant atteindre environ 500 MW sur une superficie proche de 100 hectares, avec une alimentation reposant à 100% sur les énergies renouvelables.

Un autre data center de 50 MW associé à un cloud souverain est prévu à Rabat. Le dispositif comprend également l’extension du centre de Benguérir et un programme de migration vers le cloud destiné aux administrations publiques.

La connectivité doit suivre la même trajectoire. La couverture 4G atteignait 99,63% en 2024, tandis que la 5G doit couvrir 70% du territoire à l’horizon 2030. Le nombre de foyers éligibles à la fibre est passé de 1,5 million en 2022 à 4,4 millions en 2026 et doit atteindre 5,6 millions en 2030.

Le Maroc prévoit parallèlement de construire une Data Factory nationale chargée d’organiser, anonymiser, classifier et préparer les données nécessaires aux modèles d’intelligence artificielle. Une Forge logicielle doit également permettre aux administrations de partager des composants numériques et des codes réutilisables.

La recherche et l’innovation seront notamment portées par le réseau JAZARI, appelé à être implanté dans les douze régions. Quatre premières composantes sont prévues avec JAZARI ROOT, JAZARI Smart City, JAZARI EduTech et JAZARI Industrie X.0.

JAZARI ROOT doit développer des briques technologiques réutilisables, notamment pour l’arabe, le français, la darija et l’amazigh. Le programme doit aussi produire des outils d’intelligence documentaire, des assistants métiers, des dispositifs de traitement automatisé des demandes et des solutions de protection des données.

JAZARI Smart City travaillera sur les données urbaines, les jumeaux numériques et les plateformes destinées aux villes. JAZARI Industrie X.0 ciblera notamment la robotique, l’automatisation, la maintenance prédictive, l’Internet industriel des objets et l’efficacité énergétique. JAZARI EduTech se concentrera sur les usages de l’IA dans l’apprentissage et l’accompagnement pédagogique.

La feuille de route prévoit aussi un modèle de langage souverain capable de traiter la darija, l’amazigh et le contexte marocain. L’objectif est notamment d’adapter les interactions numériques entre l’administration et les citoyens aux langues utilisées dans le Royaume.

Le ministère a par ailleurs présenté une Marketplace souveraine regroupant plusieurs solutions d’intelligence artificielle. Parmi elles figure Idarati AI, conçu pour orienter les usagers dans leurs démarches administratives.

D’autres outils concernent la transcription de réunions en arabe, en français et en darija, la gestion et la conversion sécurisées de documents ainsi que la recherche dans les textes juridiques marocains. Le moteur dédié au Bulletin officiel s’appuie déjà sur près de 400 000 pages numérisées et rendues consultables.

La stratégie comprend aussi un prototype de méta-application ainsi qu’un e-wallet national destinés à rapprocher plusieurs services publics au sein d’un environnement numérique plus intégré.

Le capital humain constitue l’autre chantier majeur. En 2025, le Maroc comptait 22 779 étudiants dans les filières numériques et 549 programmes accrédités. JobInTech doit former 15 000 personnes sur trois ans, tandis que l’objectif national est d’atteindre 100 000 nouveaux talents du digital par an à l’horizon 2030.

Plusieurs dispositifs complètent cette montée en compétences. Le programme PASS prévoit 550 bourses doctorales d’ici 2027. AI & IoT Generation vise 1 200 jeunes formés chaque année, tandis que d’autres programmes ciblent les enfants, les jeunes sportifs et les étudiants spécialisés dans l’IA, la robotique ou la cybersécurité.

La dimension régionale passe notamment par RamadanIA, qui a accompagné environ 40 projets dans chaque région, et RallyIA Future Lab, qui a réuni près de 1 000 jeunes à Merzouga autour de projets de formation et de prototypage.

Le Maroc compte également s’appuyer sur plusieurs partenariats internationaux et centres de recherche implantés dans le Royaume, avec notamment Nokia, Orange, Oracle, Mistral AI, Onepoint et le PNUD.

À travers l’ensemble de ces chantiers, Maroc IA 2030 vise à renforcer la capacité du Royaume à produire, héberger et exploiter ses propres outils d’intelligence artificielle, tout en développant les compétences nécessaires à leur diffusion dans les administrations, les entreprises et les territoires.

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