Finance verte : les PME marocaines au cœur du prochain défi

Derrière les centrales solaires, les parcs éoliens ou les investissements de décarbonation, une autre transformation se joue dans les banques marocaines. À l’approche de 2030, une part croissante du financement de la transition écologique doit passer par le crédit, les investisseurs institutionnels, le marché obligataire et les capitaux privés.

L’ampleur des besoins explique cette évolution. La Banque mondiale a évalué à environ 78 milliards de dollars les investissements nécessaires entre 2022 et 2050 pour accompagner le Maroc vers une économie résiliente et bas carbone. La Contribution déterminée au niveau national 3.0, présentée en septembre 2025, porte pour sa part les besoins à 96 milliards de dollars pour atteindre les objectifs fixés à l’horizon 2035.

Ce programme comprend 80 objectifs sectoriels déclinés en 107 projets structurants. Il accompagne une ambition de réduction des émissions de gaz à effet de serre portée à 53%.

Les ressources publiques restent aujourd’hui prépondérantes dans le financement climatique. Le Maroc cherche cependant à modifier progressivement cette répartition. Sa Stratégie de développement de la finance climat à l’horizon 2030, adoptée en septembre 2024, vise à mobiliser 50% des ressources nécessaires auprès du secteur privé.

Les banques occupent une position centrale dans ce dispositif, notamment pour les PME qui disposent de moins de possibilités que les grands groupes pour accéder directement aux marchés ou aux institutions financières internationales.

Plusieurs bailleurs ont choisi de passer par les établissements marocains pour rapprocher leurs financements des entreprises. En février 2024, IFC a ainsi accordé 100 millions de dollars à Crédit du Maroc. Cette enveloppe doit notamment soutenir des investissements dans l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables, les bâtiments verts et une agriculture adaptée aux enjeux climatiques.

La BERD et ses partenaires ont également prévu jusqu’à 50 millions d’euros pour Crédit du Maroc. Une première enveloppe pouvant atteindre 25 millions cible les PME, tandis qu’une seconde du même montant concerne les entreprises intermédiaires et les groupes de plus grande taille.

Le dispositif couvre notamment le solaire, l’efficacité énergétique et hydrique, l’économie circulaire, la construction durable, le traitement des eaux usées et le dessalement.

Cette mécanique a été déployée auprès d’autres banques. La BERD et ses partenaires ont annoncé jusqu’à 65 millions d’euros pour BMCI, tandis que SAHAM Bank a obtenu un dispositif pouvant atteindre 55 millions d’euros. Dans les deux cas, les fonds doivent être transformés en financements destinés aux investissements verts des entreprises marocaines.

Ce modèle permet de toucher des projets moins visibles que les grandes infrastructures. Pour une PME, la transition peut passer par l’installation de panneaux photovoltaïques, le remplacement d’équipements énergivores ou l’acquisition de solutions réduisant les consommations d’eau et les émissions.

Le crédit bancaire n’est cependant qu’une partie du dispositif. Les infrastructures nécessitant des financements importants et de longue durée conduisent également à rechercher les capitaux des assureurs, organismes de retraite, fonds et autres investisseurs institutionnels.

Le marché obligataire constitue l’un des moyens de mobiliser cette épargne. Le cadre développé par l’Autorité marocaine du marché des capitaux autour des obligations vertes, sociales et durables permet aux émetteurs de lever des ressources affectées à des projets répondant à des critères définis.

Reste à déterminer précisément ce qui peut être considéré comme vert. Le Maroc travaille pour cela sur une taxonomie financière destinée à établir des références communes pour les banques, les investisseurs, les entreprises et les autorités.

Une consultation publique sur ce projet a été lancée en juillet 2026. Le chantier associe le ministère de l’Économie et des Finances, Bank Al-Maghrib, l’AMMC, l’ACAPS et le ministère de la Transition énergétique et du Développement durable, avec notamment un appui technique de la Banque mondiale et d’Expertise France.

L’État prépare parallèlement un cadre pour une future obligation souveraine durable. Les travaux étaient toujours en cours en avril 2026 et s’accompagnent notamment de réflexions sur l’étiquetage climatique du budget et la commande publique verte.

Les financements mixtes doivent compléter cette architecture. En juin 2026, la Banque mondiale a engagé un programme de 400 millions de dollars consacré au financement des risques climatiques. Il prévoit notamment un mécanisme de préparation de projets dans les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique, le transport durable et les infrastructures hydriques.

L’objectif est de constituer des projets suffisamment structurés pour attirer les investisseurs. La Banque mondiale vise jusqu’à 400 millions de dollars de capitaux privés mobilisés sur cinq ans grâce notamment à des instruments permettant de mieux répartir les risques.

À mesure que les besoins augmentent, la transition écologique marocaine devient donc aussi un chantier financier. Les grands groupes disposent déjà de plusieurs voies pour lever des capitaux. Pour les PME, le passage par les banques, les garanties, les lignes internationales et les aides à l’investissement reste déterminant.

D’ici 2030, l’enjeu sera de faire fonctionner ces différents circuits à une échelle plus importante. La transformation verte du Maroc dépendra ainsi autant des infrastructures construites que de la capacité du système financier à diriger davantage de capitaux vers les entreprises et les projets qui les portent.

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