L’avenir de Sebta fait l’objet d’une prise de position remarquée dans Foreign Policy. Howard W. French, professeur à l’université Columbia et ancien correspondant international du New York Times, estime que l’Espagne sera tôt ou tard conduite à restituer la ville au Maroc.
L’universitaire américain fonde son analyse sur l’histoire de Sebta, mais aussi sur les transformations démographiques et migratoires qui redessinent les rapports entre l’Europe et l’Afrique. Pour lui, la situation actuelle ne peut être considérée comme durable.
La pression migratoire constitue l’un des principaux éléments de son raisonnement. Sebta se trouve régulièrement au centre de tentatives de passage vers l’Europe, obligeant l’Espagne à mobiliser des moyens importants pour contrôler cette frontière terrestre.
Howard W. French considère que cette politique sécuritaire se heurtera progressivement aux évolutions démographiques des deux continents. Il met en parallèle le vieillissement de la population européenne et la forte croissance d’une population africaine beaucoup plus jeune.
Dans ce contexte, l’auteur juge peu réaliste de penser que la gestion des mouvements migratoires pourra reposer indéfiniment sur le renforcement des frontières.
Son analyse s’attarde également sur une divergence entre les positions défendues par Madrid concernant Sebta et Gibraltar. L’Espagne revendique Gibraltar auprès du Royaume-Uni tout en rejetant les arguments historiques et géographiques avancés par le Maroc sur Sebta.
Pour Howard W. French, cette situation contribue à fragiliser la cohérence de la position espagnole. Il considère la présence de l’Espagne à Sebta comme une réalité héritée d’une autre époque et dont le maintien à long terme lui paraît improbable.
L’auteur revient également sur l’histoire de la ville. Sebta est conquise par le Portugal en 1415, au début de l’expansion européenne en Afrique. Les bouleversements politiques intervenus au Portugal après la bataille des Trois Rois en 1578 conduisent ensuite à l’union des couronnes portugaise et espagnole.
Après le rétablissement de l’indépendance portugaise, la ville demeure sous administration espagnole.
Cette profondeur historique est essentielle dans l’analyse de Howard W. French. Il regrette que Sebta soit souvent abordée uniquement sous l’angle des crises migratoires, sans replacer ces épisodes dans le contexte plus large de l’expansion européenne en Afrique et des relations entre les deux rives de la Méditerranée.
Sa conclusion est sans équivoque. L’Espagne devrait, selon lui, restituer Sebta au Maroc. L’universitaire estime qu’une telle évolution permettrait de mettre fin à un contentieux historique et d’ouvrir une nouvelle étape dans les rapports entre l’Europe et son voisinage africain.
Pour Foreign Policy, la question dépasse donc largement les épisodes migratoires observés aux frontières. Elle renvoie directement à l’avenir d’un statut territorial vieux de plusieurs siècles, qu’Howard W. French considère désormais difficilement tenable.














































