Le virage hydrique engagé par le Maroc ne se résume plus à construire des barrages ou à chercher de nouvelles ressources. Il repose désormais sur un assemblage de financements publics, de prêts internationaux, de partenariats avec le privé et d’investissements portés par les entreprises publiques. Une architecture financière devenue aussi diversifiée que les solutions déployées pour sécuriser l’eau.
Le Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation 2020-2027 donne l’échelle de l’effort national. Son enveloppe atteint 143 milliards de dirhams, avec des investissements qui couvrent aussi bien la production que les réseaux, l’irrigation et les infrastructures nécessaires à la sécurisation de l’approvisionnement.
Le dessalement concentre une part croissante de ces besoins financiers. À l’horizon 2030, la capacité nationale doit dépasser 1,7 milliard de mètres cubes par an. Les projections gouvernementales prévoient que cette ressource puisse assurer plus de la moitié des besoins du pays en eau potable, en plus de volumes destinés à l’agriculture.
Le projet de Casablanca illustre le changement d’échelle. La future station doit atteindre 300 millions de mètres cubes par an, dont 200 millions lors d’une première phase. Son montage en partenariat public-privé traduit aussi la place prise par les capitaux privés dans le financement des nouvelles infrastructures hydriques.
Autour de cette installation se greffent d’autres investissements. Entre Sidi Rahal et Azemmour, quelque 50 millions de mètres cubes d’eau dessalée doivent être mobilisés chaque année pour irriguer environ 8.000 hectares. Cette composante représente un investissement estimé à 724,59 millions de dirhams, hors expropriations.
L’ONEE porte lui aussi une part importante des dépenses. Son plan d’équipement 2025-2030 s’élève à 72,3 milliards de dirhams, dont 22,4 milliards consacrés à l’eau. Le poids du dessalement dans son activité doit fortement augmenter au cours des prochaines années.
En 2025, sur les 1,417 milliard de mètres cubes d’eau potable produits par l’Office, 72,5 millions provenaient du dessalement. À l’issue du programme 2026-2030, les capacités destinées à l’eau potable doivent dépasser 1,3 milliard de mètres cubes par an. Cette ressource pourrait alors satisfaire 63% des besoins, contre 13% en 2025 et moins de 8% en 2023.
À ces moyens nationaux s’ajoutent plusieurs financements internationaux. La Banque mondiale a approuvé en 2023 une enveloppe de 350 millions de dollars destinée à la sécurité et à la résilience hydriques. L’intervention porte à la fois sur les ressources, la gouvernance, la gestion des nappes et l’amélioration des performances des réseaux.
Les pertes d’eau constituent justement un autre terrain d’investissement. La Banque mondiale les évaluait à environ 24% dans les réseaux de distribution, avec des situations variables selon les villes. Son programme doit notamment permettre d’économiser 25 millions de mètres cubes d’eau potable.
La Banque africaine de développement a également engagé des moyens dans ce chantier. Un financement de 104,7 millions d’euros a été signé avec le Maroc en décembre 2024 pour renforcer la production d’eau potable, améliorer les performances des infrastructures et accélérer leur digitalisation.
La Banque européenne d’investissement a accordé de son côté 70 millions d’euros à l’ONEE en 2025. Cette enveloppe s’inscrit dans un projet de 140 millions d’euros destiné notamment à moderniser la production et le transport d’eau potable dans les petites et moyennes villes ainsi que dans les territoires ruraux.
Le Groupe OCP mobilise également des financements autour du dessalement. Trois accords de prêt totalisant 188 millions de dollars ont été conclus avec la BAD en 2024 dans le cadre de son programme d’investissement vert. Parmi ces ressources, 168 millions de dollars doivent contribuer à trois unités modulaires de dessalement affichant une capacité cumulée de 110 millions de mètres cubes par an.
L’investissement hydrique ne s’arrête pas à la production de nouvelles ressources. Le Maroc consacre aussi des moyens importants à la réutilisation des eaux usées. Environ 53 millions de mètres cubes ont été réemployés en 2024, notamment pour des golfs, des espaces verts et des activités industrielles. L’objectif est d’atteindre 100 millions de mètres cubes en 2027 puis 350 millions en 2035.
Le programme d’assainissement prévu entre 2025 et 2034 représente à lui seul 56 milliards de dirhams. Une enveloppe de 27 milliards est consacrée à la poursuite de 389 projets et 29 milliards à 694 nouveaux projets liés à l’assainissement et à la réutilisation.
Les transferts entre bassins complètent cette architecture. Après l’interconnexion entre le Sebou et le Bouregreg, d’autres projets concernent notamment le Laou, le Loukkos et l’Oum Er Rbia. Ils nécessitent à leur tour des conduites, des stations de pompage et des dépenses énergétiques.
Le financement de l’eau repose ainsi sur plusieurs étages. L’État et les établissements publics restent au centre du dispositif, tandis que les banques multilatérales, les garanties internationales et les capitaux privés interviennent sur des projets ciblés. Les montants engagés ne peuvent pas être additionnés directement puisqu’ils concernent des programmes, des périodes et des bénéficiaires différents.
À mesure que le dessalement, la réutilisation et les interconnexions prennent davantage de place, le financement de la politique hydrique se diversifie lui aussi. La question n’est désormais plus seulement de trouver de nouvelles ressources en eau, mais de financer durablement les infrastructures nécessaires pour les produire, les économiser et les acheminer.

















































